- Dates des cours : 8janv-22janv-5févr-5mars-19mars-2avr
- Heure de début du cours : 11:00
- Heure de fin du cours : 13:00
- Jour du cours : Jeudi
- Intervenant : Bruno LANGLET
Bruno LANGLET
Que fait-on exactement lorsque l’on imagine ? Comment un tel acte se rapporte-t-il aux actes de concevoir, juger, percevoir, supposer, considérer, contempler, penser rationnellement et logiquement ? L’imagination est classiquement considérée comme une faculté mentale, mais elle peut aussi être appréhendée comme un ensemble d’attitudes mentales : la variété de cas où elle est à l’œuvre est si vaste que nous ne savons pas de prime abord si nous disposons d’un concept unifié à son propos.
Nous en faisons assurément un usage multiple : par exemple, en formant des représentations qui s’associent librement les unes aux autres comme dans une sorte de rêve éveillé, en combinant à volonté des représentations issues de données sensibles, en nous figurant des situations possibles, en l’associant à notre rationalité, en lui faisant combler les lacunes de la perception et des objets que celle-ci esquisse, en nous représentant ce que nous ne pouvons pas percevoir, en étendant de manière simulée notre vie perceptive (« voir » mentalement la pièce de l’autre côté du mur), en anticipant très précisément des évènements imminents ou nos propres actions, en lisant des romans ou en écoutant des récits et des contes, en appréciant des œuvres ou des performances artistiques, en offrant une face sensible aux concepts abstraits, en nous figurant des courbes traduisant des équations mathématiques, peut-être même en conversant de manière ordinaire avec autrui, en formant des expériences de pensée, en voyant quelque chose « comme » quelque chose, ou encore dans des situations d’empathie – cette liste n’est pas exhaustive. En quoi ces activités peuvent-elles être ramenées à une approche unifiée de l’imagination ? Savons-nous finalement ce qu’elle est exactement ? Ce sont des questions que la philosophie contemporaine renouvelle.
L’imagination, d’autre part, propose le vrai comme le faux, indifféremment ; elle invente certes, mais apporterait aussi largement son aide lors des quêtes de la connaissance. En quel sens ? Comment une faculté qui a parfois été dite « maîtresse d’erreur et de fausseté, d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours » (Pascal), peut-elle avoir un usage épistémique, servant à acquérir des connaissances, comme c’est le cas en science ? Par exemple, lorsqu’il s’agit d’envisager des possibilités vers lesquelles la raison rechigne d’abord à se tourner, mais aussi de forger certains types de modèles afin de rendre plus palpables des phénomènes qui, sans cela, resteraient irreprésentables ? Elle semble à la fois associable à des normes cognitives et épistémiques tout en tendant à les dépasser par ailleurs.
L’imagination passe enfin pour être la faculté la plus libre mais elle rencontre bien des limites : ainsi, mon imagination subit une résistance cognitive alors que je tente de former l’image, par exemple, d’une bouteille à la fois vide et pleine, ou d’une poire invisible, c’est-à-dire lorsque mes visées mentales requièrent d’articuler des propriétés logiquement incompatibles ou des impossibilités d’un certain ordre. De même lorsque je suis sujet à une résistance morale qui apparait à l’occasion de représentations de situations imaginées ou fictives contredisant fortement mes valeurs : je ne peux pas les « normaliser » en imagination ni atténuer la charge émotionnelle qui leur fait cortège. Cette incapacité à adapter mes pensées et croyances à des contenus pourtant fictionnels révèlerait la dépendance des pouvoirs conceptuels envers un ensemble de normes logiques, éthiques, esthétiques peut-être, et mon attachement à certaines valeurs.
Nous étudierons les conceptions classiques et contemporaines de cette faculté à la fois formidable et suspectée qu’est l’imagination, aussi bien relativement à des contextes ordinaires que scientifiques.
Des textes de référence seront distribués, lus et discutés en cours.

