- Dates des cours : 8janv-22janv-5févr-5mars-19mars-2avr
- Heure de début du cours : 11:00
- Heure de fin du cours : 13:00
- Jour du cours : Jeudi
- Intervenant : Bruno LANGLET
Bruno LANGLET
Que sommes-nous fondamentalement ? Que recouvre le terme de « personne » ?
L’origine de cette appellation est multiple : elle est ancrée dans la conception grecque
de l’hypostase (une réalité singulière existante) et du prosopon (le masque théâtral au
moyen duquel des êtres sont personnifiés, ceci renvoyant aussi à un phénomène social
que l’anthropologie a décrit par ailleurs en divers points du globe).
À travers des discussions articulant philosophie et théologie, Boèce a donné la première
définition durable de la personne, qui est celle d’une substance (entité) individuelle
rationnelle, ce que Thomas d’Aquin interprétera aussi comme un être susceptible
d’action, entendu comme rationnel et singulier à ce titre. Substantialité, agentivité et
rationalité sont alors essentielles. La position de Descartes conduit quant à elle à nous
caractériser comme des entités pensantes d’emblée individuées, ici unies à un corps,
mais dont la nature est fondamentalement immatérielle. La notion de personne est
apparemment bien dépendante de celle de substance. Or cette dernière est une catégorie
controversée dont la critique rebat les cartes : sans elle, comment déterminer ce que nous
sommes et comment rendre compte de l’identité de la personne et de ses caractéristiques ?
Locke proposera une théorie influente de l’identité personnelle en mettant en avant la
continuité psychologique fondée sur la conscience et la mémoire, ce que Butler, Reid et Hume
critiqueront ou amenderont. Les positions originales de Derek Parfit conduisent quant à elles
à nier que les notions d’un moi personnel ou même de l’identité personnelles soient
véritablement ce qui importe.
Cela n’éclipse toutefois pas le besoin d’une ontologie personnelle, et semble même
montrer qu’en ces matières, elle est toujours présupposée. Que sommes-nous exactement ?
Des entités pensantes unifiées ? Ou des sortes de faisceaux de perceptions dont nous
construisons les relations, comme le pensait Hume ? Sommes-nous réductibles à notre
cerveau ? Ou n’y a t-il tout simplement pas de personne ici (nihilisme de la personne) ?
Outre ces questions, nous nous intéresserons aux deux conceptions contemporaines
principales qui reprennent le sujet et polarisent les débats. Celle de l’animalisme, qui se
concentre sur la continuité de l’animal(l’organisme) que nous sommes essentiellement,
qui a la propriété non-essentielle d’être une personne lors d’une certaine phase de son
existence. Et celle du constitutionnalisme, qui soutient que nous sommes bien essentiellement
des personnes, c’est-à-dire des êtres rationnels, conscients, et qui sont surtout capables
de former des perspectives sur eux-mêmes, mais qui sont constitués par leur corps entendu
comme organisme.
Des textes de référence seront communiqués, présentés et discutés.

