021804 Histoire mythique des USA

  • Dates des cours : 18nov-2déc-16déc-13janv-27janv-10févr-10mars-24mars
  • Heure de début du cours : 10:30
  • Heure de fin du cours : 12:00
  • Jour du cours : Mercredi
  • Intervenant : Lauric GUILLAUD


Lauric GUILLAUD

Pourquoi un président sans religion est-il aujourd’hui soutenu par 80 % des églises évangéliques ? Alors que continue de déferler aux USA une vague conservatrice, politique et religieuse, et que l’Europe regarde, sidérée, le « triomphe » de Donald Trump, une constante se fait jour dans la civilisation américaine : l’omniprésence du mythe ou de la croyance, qu’elle soit celle du mainstream (majoritaire) ou celle des groupes sectaires ou utopiques. Croyant ou incroyant — c’est beaucoup plus rare —, l’Américain trouve naturel de croire à la « destinée » supposée « manifeste » du peuple américain (l’exceptionnalisme) et de se situer par rapport à Dieu, à l’Église, à la religion. Les hommes politiques le savent bien, qui font constamment référence au Créateur par-delà les dénominations religieuses. En dépit du phénomène de sécularisation, les États-Unis restent la nation la plus religieuse du monde occidental. D’où vient cette imprégnation religieuse dans un pays où plus de neuf personnes sur dix proclament leur foi en Dieu, où quatre Américains sur dix affirment avoir communiqué avec les morts, tandis qu’entre 5 à 6 % de la population prétend avoir été enlevée par des extraterrestres ? Cette foi plurielle relève-t-elle du délire, ou présente-t-elle une cohérence au fil des siècles ? Où va l’Amérique, au moment où son ‘image traditionnelle — l’espoir du monde, la nation élue, le nouvel Israël — est fracassée, dans une atmosphère d’apocalypse (L’Amérique qui tombe, la fin du mythe de l’unité nationale, l’avenir à reculons). « Cette nation qui n’en finit pas de naître » (D. Lacorne) et qui est « vouée à se réinventer » (S. Marche) pourra-t-elle poursuivre sa mission mythique, telle « une ville de lumière au sommet d’une colline ». Ces questions imposent un retour en arrière qui couvrira plus de 300 ans d’histoire en insistant plus particulièrement sur quatre points : « L’invention du Nouveau Monde », « L’Amérique maçonnique », « L’Amérique sectaire et utopique » et la « Destinée Manifeste ».

Niveau de connaissance : culture générale

PLAN DU COURS

1 – Introduction : les origines mythiques de l’Amérique du Nord. Comment peut-on parler d’une histoire « cachée » de l’Amérique du Nord ? Qui a réellement découvert l’Amérique ? Les racines de l’exceptionnalisme américain.
2 – L’invention du Nouveau Monde. L’imaginaire américain et le mythe du « Nouveau Monde ». Le mythe de la Cité sur la Colline. La colonie de Jamestown  : du paradis à l’enfer. La véritable histoire de Pocahontas .
3 – L’Amérique maçonnique. Sectes et sociétés secrètes. Le rôle de la franc-maçonnerie durant la Révolution américaine. Le Hell Fire Club (XVIII e et XIXe siècles).
4 – L’Amérique sectaire et utopique. Les racines utopiques de l’Amérique du Nord (XVIIe siècle) de Thomas More aux communautés religieuses et socialistes. La chute de la maison puritaine.
5 – La conquête de l’Ouest et le mythe de la « Destinée Manifeste » du peuple américain. Le sursaut spirituel des Amérindiens (XIXe siècle).
6 – Où va l’Amérique ? Conspirationnisme et paranoïa (XXe et XXIe siècles).

Ouvrage de base :

    1. Guillaud, Histoire mythique de l’Amérique, Cadillon, Le Visage vert, 2023

021940 Le conspirationnisme : des origines au 11 septembre 2001

  • Dates des cours : 25nov-9déc-6janv-20janv-3févr-17févr-17mars-1avr
  • Heure de début du cours : 10:30
  • Heure de fin du cours : 12:00
  • Jour du cours : Mercredi
  • Intervenant : Lauric GUILLAUD


Lauric GUILLAUD

Le conspirationnisme fait aujourd’hui des ravages dans le monde entier. Cette vision du monde affirme que le cours de l’histoire est en réalité provoqué par l’action secrète d’un groupe d’hommes désireux de réaliser un projet de contrôle et de domination des populations. Les tenants du « complotisme » – le terme date de la fin des années 2010 – opposent un scénario fantasmatique dont le motif narratif est toujours le même : il faut démasquer les coupables et les accuser publiquement afin de contrecarrer leurs projets liberticides. En fait, ce phénomène n’est guère nouveau. Historiquement, nombre de rumeurs populaires ciblent des groupes minoritaires, tels les Juifs, accusés depuis le XIIe siècle, ou les Templiers au XIVe. Mais on assiste à un tournant au XVIIIe siècle quand le siècle des Lumières voit une explosion de la peur complotiste avec la Révolution. Au sein d’une « communauté émotionnelle » (B. Rosenwein) se développent la peur, le soupçon et la colère des masses qui feront le lit de la Terreur. Outre la France révolutionnaire, nous nous intéresserons à un pays, les USA, qui, depuis ses commencements, fait face à plusieurs vagues complotistes. Comme l’a montré Richard Hofstadter, l’Amérique est aux griffes d’un vaste complot, perçu comme la « force motrice de l’histoire », qui, dans l’ombre, travaille à sa destruction. La liste est longue, depuis l’affaire de Salem, le « complot » des Illuminés, celui des francs-maçons et des jésuites, celui des Rouges qui se seraient infiltrés dans les places-fortes de Washington, jusqu’à l’assassinat de John Kennedy le 22 novembre 1963. La crainte paranoïde du complot atteindra son paroxysme avec l’attaque terroriste du 11 septembre. L’Amérique serait-elle vouée à une « Culture de la conspiration » (Michael Barkun) ? C’est possible car on parle de « conspirocratie » aux XXe et XXIe siècles, quand les Américains découvrent que les complots sont bien réels : assassinats inexpliqués, Nixon et le Watergate, pseudo-armes de destruction massive sous Bush junior, etc. Peu à peu, on place la conspiration au centre du discours politique en recherchant des réponses à l’inexpliqué. Au bout du compte, il n’y a plus de systèmes clairs de catégorisation du réel. Les conspirations s’interpénètrent dans des nébuleuses hétérogènes où se mêlent culture populaire, science-fiction (ufologie), radicalisme politique, bricolage religieux, croyances substitutives, extrême-droite et racialisme. Pour des millions d’Américains, il va de soi que le gouvernement américain cache la vérité à la population. La science-fiction est devenue un révélateur de secrets d’Etat, et le « complotomane » est décidément voué à un décodage interminable dans le « domaine du savoir stigmatisé » (Barkun), c’est-à-dire le paranormal, les thèses du New Age, la pseudo-science ou toute sorte de révisionnisme historique. La puissante imagerie apocalyptique des attentats du 11 septembre 2001 va permettre aux millénaristes de développer leurs thèses eschatologiques. Dorénavant, les conspirateurs ne sont plus seulement les jésuites ou les maçons mais les autorités mêmes, gouvernants invisibles et autres maîtres cachés. Assisterions-nous aujourd’hui à une revanche du sacré (un « nouvel invisible ») ou à une « défaite des Lumières » (Taguieff) ? Vivons-nous « l’Age d’or de la théorie conspirationniste » (Uscinski) ? Qu’en sera-t-il demain ?

Parallèlement aux développements dans l’histoire ou l’actualité, il s’agira d’évoquer le fonctionnement de la pensée conspirationniste : maîtrise imaginaire de l’histoire, contrôle illusoire de la réalité, volontés cachées, vision policière des événements, décryptage à l’infini, hypercritique du savoir « officiel », résonances dans la fiction, rôle de la propagande, délégitimation de l’autorité, surméfiance générale, désenchantement du monde, demande de surnaturel, révolte contre le monde moderne, tentation nihiliste, etc.

Plan du cours :

1 – Les origines (Le XVIIIe siècle, la Révolution française).
2 – La paranoïa américaine (XVIIe-XVIIIe siècle, Salem, l’antimaçonnisme, les Illuminés).
3 – Les XIXe siècle (L’affaire Morgan, l’anticatholicisme).
4 – Les XXe et XXIe siècles (le maccarthisme, Kennedy, Nixon et le Watergate, le 11 septembre, l’ufologie).
5 – Conclusion.

Niveau de connaissance requis : culture générale

Bibliographie (non exhaustive)

Michael Barkun, A Culture of Conspiracy, Berkeley, University of California Press, 2013.

Laurent Bazin et Pierre-Henri Tavoillot, Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots, La Tour-d’Aigues, Éd. de l’Aube, coll. « Monde en cours », 2012.

Luc Boltanski, Énigmes et complots : Une enquête à propos d’enquêtes, Paris, Gallimard, 2012.

Gérald Bronner, La démocratie des crédules, Paris, Presses universitaires de France, 2013.

Véronique Campion-Vincent, La Société parano. Théories du complot, menaces et incertitudes, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2007.

Christian Chelebourg, Antoine Faivre (dir.), SECRETS, COMPLOTS, CONSPIRATIONS, Actes du Colloque de Cerisy 2016, Le Visage vert, 2021.

Lauric Guillaud, La Terreur et le sacré, Paris, Michel Houdiard, 2021.

Lauric Guillaud et Philippe Marlin, Le Polar ésotérique, Paris, L’œil du Sphinx, 2016.

  1. R. Hofstadter, The Paranoid style in American politics and Other Essays, New York, Knopf, 1965 ; Le style paranoïaque: Théories du complot et droite radicale en Amérique, Réédition, Les Pérégrines, 2012.

Raphaël Josset, Complosphère, l’esprit conspirationniste à l’ère des réseaux, Paris, Lemieux éditeur, 2015.

Emmanuel Kreis (éd.), Les puissances de l’ombre : la théorie du complot dans les textes, Paris, CNRS Éditions, coll. « Biblis », 2012.

Lance deHaven-Smith, Conspiracy Theory in America, Austin, University of Texas, 2013.

Tim Melley, Empire of conspiracy, Ithaca & London, Cornell University Press, 2000.

Pierre-André Taguieff,  La foire aux illuminés. Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris, Mille et Une Nuits, 2005.

_________________, L’imaginaire du complot mondial, Paris, Payot, 2006..

  1. E. Uscinski & J. M. Parent, American Conspiracy Theories, OUP USA, 2014.